L'émergence théâtrale au Canada français

De 400 à 450 artistes professionnels œuvrent en théâtre dans les communautés francophones minoritaires du Canada : auteurs dramatiques, metteurs en scène, interprètes et concepteurs. Ils participent à la création d’œuvres destinées au grand public, aux adolescents, au jeune public et à la petite enfance. Ils contribuent également à l’éducation artistique des jeunes et des moins jeunes. Au Canada français, le contexte de la production et de la diffusion est synonyme d’occasions plus limitées comparativement aux milieux majoritaires. On trouve également un nombre plus restreint d’avenues parallèles au théâtre pour pratiquer le métier (télévision, cinéma, narration, etc.). Permettre à des artistes de créer leur propre emploi, de développer un projet de création personnel, ou de se perfectionner en compagnie de formateurs reconnus en se confrontant à une formation de haut niveau qu’ils ne peuvent obtenir dans leur région, s’impose comme un des vecteurs principaux au développement durable du milieu théâtral. En conséquence, cela leur donne l’occasion de s’ancrer dans un milieu qui leur appartient !

Par ailleurs, à l’intérieur de son mandat, l’Association des théâtres francophones du Canada a le devoir d’assurer des occasions régulières de concertation entre l’ensemble du milieu théâtral, les compagnies membres, les compagnies émergentes et les artistes professionnels qui travaillent à la pige. Ces rencontres artistiques sont devenues, à travers les années, un aspect important du travail de l’association auprès du milieu, lui offrant ainsi des occasions de ressourcement, de réflexion sur le métier, et de concertation autour des défis que pose le développement de la pratique en situation minoritaire. 

 

Le chantier Horizons 2030

Depuis la saison 2015-2016, l’ATFC a amorcé des travaux majeurs, soit un grand chantier de réflexion qui se développera durant quelques années et qui impliquera plusieurs joueurs reliés, de près ou de loin, au secteur du théâtre de la francophonie canadienne. À travers ces travaux, notre association souhaite réfléchir aux moyens qui permettront à ses compagnies membres d’être le véritable déversoir du talent qui se développe dans le sillon des multiples activités de formation et de ressourcement professionnel qu’elle offre au milieu depuis la saison 2010-2011. L’ATFC désire que ces activités créent du sens au regard de  la création et de la production de ses compagnies membres.  

La réflexion s’articule autour de deux volets :

  • Imaginer de quoi aurait l’air notre milieu en 2030 si, au cours des prochaines années,  les ressources dont bénéficient les compagnies membres –au plan de la production et de l’ensemble de leurs activités artistiques – n’augmentaient pas, ou demeuraient sensiblement les mêmes ;
  • Imaginer à  quoi notre milieu ressemblerait, toujours en 2030, si on procédait, à court terme, à des investissements importants permettant d’augmenter les moyens de production et la latitude artistique des compagnies membres. 

Derrière cette réflexion, se cache le fort désir de créer une logique de continuité dans le développement à venir du milieu théâtral franco-canadien. Il s’agit de  démontrer de quelle façon, depuis la fin des Chantiers théâtre, en 2006, le milieu, avec l’appui de ses bailleurs de fonds, a reconnu ses besoins et s’est investi dans le développement de sa pratique et de ses ressources humaines. Rappelons qu’à l’époque, l’ATFC avait engagé l’ancien directeur du Conservatoire d’Art dramatique de Québec, Marc Doré, comme consultant avec l’objectif de lui permettre de mieux comprendre les besoins de formation dans l’ensemble du milieu. Par ricochet, il s’agissait également de donner l’occasion aux compagnies membres de travailler, à terme, avec des praticiens plus aguerris.

Quelque dix années plus tard, si tout le monde applaudit le développement du milieu théâtral franco-canadien, force est de constater que les compagnies ne comptent pas encore sur des moyens pouvant leur permettre de véritablement profiter du développement de ces ressources, lequel avait pourtant été initié pour leur bénéfice.

L’ATFC croit donc qu’il est maintenant temps de permettre à ses compagnies membres d’être mieux armées pour suivre le développement de la pratique auquel – ayant reconnu les défis et y ayant apporté des réponses tangibles au cours des quelque dix dernières années –, notre milieu s’est attelé.

Il s’agit donc de cibler les moyens de création, de production et de diffusion dont bénéficient les compagnies membres.

En cours d’année 2016-2017, le consultant Marc Haentjens animera une série de rencontres régionales (Acadie, Ontario, Ouest) unissant des représentants des compagnies et des représentants des regroupements sans infrastructure qui naissent dans le sillon des activités de formation et de ressourcement que l’ATFC offre au milieu. On dénombre présentement une vingtaine de ces regroupements à travers le pays.