Esther Duquette


Prix Roland Mahé-Banque Nationale 2015

Esther Duquette est directrice artistique et générale Théâtre la Seizième, de Vancouver, depuis juillet 2016. Elle était adjointe à la direction générale et artistique et directrice des communications et de l'administration de la compagnie depuis six ans. Formée en musique et en danse, Esther est diplômée de l’Université du Québec à Montréal en journalisme avec une spécialisation en arts. En 2015, elle a fondé Deux par quatre, une compagnie dédiée à la création théâtrale dont elle est co-directrice artistique. Elle œuvre également à titre de conseillère en théâtre auprès du Réseau des grands espaces et siège sur le conseil d'administration de la compagnie de théâtre l’Homme allumette.

Projet

Le Prix Roland Mahé-Banque Nationale a permis à Esther Duquette de créer sa première œuvre théâtrale, Straight Jacket Winter. Cette pièce est en fait une création autofictionnelle développée avec son conjoint, Gilles Poulin-Denis. Elle explore la difficulté de s’adapter à un nouvel environnement, à une autre langue, à une autre culture et d’établir des rapports humains authentiques dans ce contexte.

Grâce à la bourse accompagnant le Prix Roland Mahé-Banque Nationale, Esther et Gilles ont pu soutenir la dernière étape de création du projet. En septembre 2015, ils ont organisé une semaine de laboratoire avec les comédiens vancouvérois Julie Trépanier et Cory Haas, la scénographe Julie Vallée-Léger ainsi que le metteur en scène Craig Holzschuh. Cette semaine de travail leur aura d’abord permis de tester une nouvelle version de leur texte. Également, la présence d’une scénographe a permis d’explorer l’idée de créer une ville faite d’objets quotidiens, qui se construit à la toute fin de la pièce.

À l’issue de ce laboratoire, Esther et Gilles ont présenté un chantier à la biennale Zones théâtrales d’Ottawa, permettant ainsi de montrer leur travail à plusieurs diffuseurs. À la suite de cette présentation, le Centre national des arts s’est joint au projet à titre de coproducteur, le Carrefour international de théâtre de Québec les ont invités à créer le spectacle chez eux, et la Troupe du Jour ainsi que le Théâtre du Nouvel-Ontario (toutes deux des compagnies membres de l’ATFC) ont programmés Straight Jacket Winter dans leur saison 2016-2017.

Ce grand projet de création s’est conclu en mai 2016, alors que Straight Jacket Winter fut présenté en première mondiale au Carrefour international de théâtre de Québec, puis la pièce a été produite un peu partout à travers le Canada au courant de l'automne et de l'hiver. 

La Fondation pour l’avancement du théâtre francophone au Canada, le bras philanthropique de l’Association des théâtres francophones du Canada (ATFC), est très heureuse d’appuyer le développement de ce projet pour une troisième fois. Les deux premières l'ayant été par les activités de l’ATFC, au Carrefour international de théâtre, à Québec, en mai 2014 et au Banff Centre, en novembre de la même année. Depuis la toute première mouture présentée dans un contexte de laboratoire à Québec, ce projet unique attire la curiosité de plusieurs diffuseurs de partout au pays. La Fondation se réjouit de pouvoir apporter un appui de longue haleine à certains projets qui se démarquent, ce qui témoigne d’une forme de logique à l’intérieur de ses activités et de celles de l’ATFC.  

En janvier 2011, Esther et Gilles ont mis dix années de vie à Montréal dans sept petites boites et ont traversé le Canada pour aller s’établir à Vancouver. Le couple a alors été confronté à un degré d’isolement et à des défis relationnels qui lui étaient jusqu’alors inconnus. Avec Straight Jacket Winter, Esther Duquette souhaite témoigner de son expérience et, à travers elle, des répercussions sociales liées aux mouvements croissants de la main d’œuvre et des populations.

La pièce se situe au carrefour du théâtre documentaire et de la fiction. Straight Jacket Winter suit l’évolution intérieure d’un couple de francophones, Esther et Gilles, tout juste installés à Vancouver. Esther est une professionnelle des communications et Gilles un traducteur à la pige. Chacun à sa manière, ils tentent de s’intégrer à leur nouvelle ville. Rapidement confronté à la difficulté de communiquer et de développer un réseau social, le couple se replie sur lui-même. Alors qu’un long hiver pluvieux s’étire à l’extérieur, Gilles et Esther s’enferment entre les quatre murs de leur appartement et créent peu à peu leur propre petit univers. À l’abri des regards, leur individualité envahit l’espace et le transforme en un lieu à leur image ou tout est permis. Mais combien de temps deux amoureux peuvent-ils vivre en marge du monde ? 

Straight Jacket Winter souhaite faire vivre à ses personnages un isolement extrême, de sorte qu’ils perdent peu à peu le sens du réel. Malgré sa gravité, la proposition s’articule avec humour et autodérision. L’histoire étant en quelque sorte celle d’une rencontre difficile entre les deux solitudes du pays, elle abordera de facto les enjeux inhérents au fait de parler français dans un milieu anglophone.